yangqiao1Nous nous étions installés à Yangqiao, un quartier plutôt ouvrier, à deux pas de la nouvelle annexe de l’Alliance Française et de la maternelle Qihang. A l’entrée de cette zone résidentielle se dressait un grand portique en fer décoré de guirlandes électriques qui affichait en large et au néon rouge les deux caractères désignant le lieu. Après être passé devant une guérite dans laquelle deux vigiles aussi maigres que des clous surveillaient les allées et venues des piétons et des voitures, on entrait véritablement dans le quartier de Yangqiao qui se distinguait surtout par ses vieux immeubles en briques de 4 ou 5 étages à peine s’élevant entre de tranquilles allées ombragées.

Outre les deux ou trois salons de coiffure à la devanture tape-à-l’oeil qui, à travers des vitrines poussiéreuses, mettaient en scène de jeunes coiffeuses lascives installées sur des canapés miteux, le quartier n’offrait d’autre animation que le marché de fruits et légumes dont les étals de fortune s’alignaient le long d’une ruelle tortueuse et puante.

Du lundi au vendredi, à sept heures précises, tu allais rejoindre tes nouveaux camarades de classe dans la cour de récréation pour les traditionnels mouvements de gymnastiques. Alors que le drapeau rouge aux 5 étoiles flottait bien haut sur son mât, une musique digne des Bisousnours résonnait dans l’air frais de ces matins d’automne. Les enfants se mettaient spontanément en rangs et commençaient alors leur pantomime. Yi-er-san-si-yi-er-san-si... 1-2-3-4-1-2-3-4 gueulait en grésillant le haut-parleur de la maternelle.