moi aussi je voudrais m’envoler

me déployer jusqu’au bout de mes plumesOIseau

et fondre dans l’azur

et fendre les nuages

jusqu’à ce qu’il n’y ait plus

qu’un petit point virgule  

moi aussi ils m’ont rogné les ailes

ils m’ont dénaturé jusque dans la parure

et posé une bague

et mis dans une cage

où l’on n’entend plus

que des couacs mécaniques

moi aussi j’aurais voulu

me jeter d’une tour

et planer sur les courant d’air chaud

et lutter contre les vents contraires

moi aussi j’aurais voulu

m’appeler Jonathan

visant toujours plus haut

plus près de mon zénith

moi aussi j’aurais voulu

faire siffler le vent

me pencher sur le monde

et l’embrasser — d’un regard aimant

moi aussi j’aurais voulu

que sa dure beauté me transperce le coeur

et me fasse échouer violemment sur son flanc

et me fasse exhaler mon trop plein d’allégresse

moi aussi      moi aussi

si l’on m’ouvrait la cage

du haut de la corniche

je me laisserais choir

me faisant aspirer par le vortex du vide

pour goûter juste un rien      d’aérien

et voler enfin

un rameau de bonheur