Retrouvez le texte complet de la nouvelle de Su Tong, "Les poissons du peuples" dans la rubrique "PAGES : Traductions de nouvelles 1" !

 

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La fête du Printemps approchait ; les jours des poissons étaient comptés. Guang Chun, l’idiot de notre rue, adorait pêcher. Un jour, on le vit revenir du bassin à poissons — celui à côté du chemin de fer — avec son pantalon de coton mouillé et des cristaux de glace recouvrant ses jambes. Portant sur l’épaule une perche à linge en bambou qui faisait office de canne à pêche, il déambulait dans la rue en annonçant à la ronde une bien curieuse nouvelle. On avait installé une pompe et les poissons du bassin pleuraient, disait-il, dans le bassin, il y avait plein de poissons et ils pleuraient au fond de l’eau !

Personne ne se préoccupa de ce que disait ce crétin de Guang Chun. Dans la rue, tout le monde pouvait déjà voir les poissons. De nombreux poissons avaient déjà fait leurs adieux aux cours d’eau et aux bassins pour venir dans notre rue des Cédrèles. Mais ce qui déconcertait les gens sains d’esprit ou ce qui leur paraissait injuste, c’était la destination de ces poissons : la maison du cadre Ju Linsheng semblait s’être transformée en bassin à poissons. Tant de poissons avaient nagé jusqu’à chez lui !

De porte en porte, les voisins envieux se faisaient passer la nouvelle. Tout en montrant du doigt des chats qui filaient à toutes pattes dans la rue, ils disaient : « Vous avez vu ça ? La maison de Ju Linsheng va bientôt se transformer en bassin à poissons, même les chats du quartier courent tous chez lui !