Il avait les yeux cernés,

deux nœuds de bois sur un vieux tronc

deux creux prophétisant sa mort

 

au fond des tourbillons ligneux

ses pois de lapis-lazulis

éteignaient lentement leurs feux

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Il avait vu tant de choses !

flot d’images vif et constant

qu’il aurait bien pu s’y noyer

 

ou bien se laisser emporter

—      léger —  sans douleur ni plaisir

curieux de connaître la fuite

 

Il avait franchi la vie

en crue, indomptable et féroce

éclaboussante de beauté

 

crevant la fine peau du Mal /

du Bien, sans jamais l’épargner

l’écrasant sous sa force nue

 

Oui, il avait trop vécu

pour vouloir supporter encore

les déchirements fous du monde

 

ni pour acquiescer sans broncher

à la nuit noire d’ignorance

à la vie blanche de l’oubli

 

Pourri, il avait échoué

sur la grève des condamnés

l’arbre aux yeux cernés