Les eaux sombres d’un lac, un ciel bruissant d’étoiles

Entre l’horizontalité liquide et l’air

Le nageur, dos crawlé, file, le regard droit

Un regard qui se noie dans la voûte éthérée

Un regard qui s’oublie dans l’obscur scintillant

Ses deux bras battant l’eau, il progresse sans fin

Ses deux puissants battoirs propulsent son bateau

Floc floc… floc floc… floc floc…

 

Dans ses flancs, sous sa peau, bourdonne un équipage

Matise

Son cœur pompe le sang, son pouls bat la cadence

Il tangue, le berceau de son être naissant

Oscille, le creuset charnel chargé d’élans

Son corps glisse et fend l’eau, son sillage est d’écume

Qui est-il, cet Icare qui chute tête en bas?

Qui est-il, cet oiseau qui nous joue les comètes?

Floc floc… floc floc… floc floc…

 

Sur l’image inversée du vide sidéral

C’est un vaisseau d’albâtre entouré de fanaux

Le drap noir de la Mort piqué de fleurs de feu

Est le bassin profond où souffle le nageur

Violemment, en arrière, il rejette ses bras

La paume des mains ouverte, il crache et il s’étire

Ce qu’il veut, c’est cueillir, par grappes, les étoiles  !

Floc floc… floc floc… floc floc…

 

Commentaire de l'auteur : illustration "L'homme qui tombe" d'Henri Matisse