jean_4gifCette question,d'autres se l'ont déjà posée il y a longtemps déjà : est-on sérieux quand on a 18 ans ?

Voici quelques poèmes de ces années de jeunesse (fin des années 1980) qui ont souvent été écrits à l'encre de la colère et de la bile noire. S'ils paraissent parfois naïfs, ils n'en demeurent pas moins sincères dans leurs indignations, leurs aspirations et  leurs questions.

Le classement des poèmes suit l'ordre alphabétique.

JL.

 

 

A peine entr'aperçue...

A peine entr'aperçue, j'avais déjà mûri

le souvenir futur où je t'aurai chérie :

Rêveur impénitent, j'attendrais que tu viennes

à la valse muette des giboulées marsiennes

 

L'Elue m'irradiera de son sourire inquiet

et l'Est m'éblouira de son charme discret

 

Je t'ensemenserai de mon plus tendre amour

et tu m'accueilleras dans ton corps de velours

Nous robinsonnerons dans un bonheur spacieux

et qui fructifiera sans autre garde-fou

que le respects commun de nos vies bout à bout

JL.

 

Cadeau

Qui m'offrira cet havre de silence,

cette terre perdue aux confins de l'errance,

ces effluves d'amour, de désirs insonores,

en somme un paradis pour un croqueur de songes ?

Qui m'accueillera donc dans l'oeil de ce cyclone,

sur le nuage orange qui m'attendrissait tant ?

Souvenirs d'une vie ou bien espoir d'une autre,

je ne peux me résoudre qu'à chérir le présent.

Pourtant tout reste sourd à mes appels du large :

à mes clins d'oeil complices des paupières cousues

renvoient mon pauvre écho comme un bouquet de larmes.

Je lance une bouteille, un message dedans

C'est la vie de papier d'un homme-goéland

JL

 

 

Divin chaos

A travers la pensée aux senteurs émeraude

je me fraie un chemin dans une jungle chaude

A l'épiderme hâlé, au corps nu suintant

au front tatoué du phallus totémique

je déchire la chair de cet univers vert

Assailli de moustiques et de sangsues noirâtres

je pourchasse ma vie, lunatique marâtre

emberlificoteuse-née qui tisse des filets

pour m'y coller dedans au détour d'un sentier !

Pourtant je la bénis cette lâche morfale

et la prie chaque soir de me faire aimer d'Elle

Ephémères en effet ces îlots de bonheur

ces essences captives dans leurs banalités

ces plaisirs sulfureux au sein d'objets odieux

qu'Elle s'amuse à broder comme on ferait des farces !

Parti pour dénicher le Grand Calme Serein

je déjouerai, farouche, la moindre chausse-trappe

et m'extasierai sans fin sur le Divin Chaos

JL

 

Douleur

Ma douleur épouse les contours

de mes heures déçues

de ces moments passés

loin de toi, à jamais, pour toujours enterrés

Ma douleur s’envole en petits paquets d’air

chacun scellé d’une amère pensée

de vaines espérances à rattraper le temps

Ma douleur bruisse sans aucun vent

Ma douleur dégouline de mes rides

Ma douleur au bord des toits

Ma douleur sur les cimes

Ma douleur au ras du sol

Ma douleur au creux des mains

sur toutes les corniches

sous chaque craquelure

comme sous les chapeaux

ou bien les longs manteaux

Elle rôde, elle me suit

Douleur polychrome

Douleur polymorphe

Douleur fœtale

Absence monstrueuse !

JL

Figure de proue

Je fus un visage,

un immense visage de sage

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aux traits noirs et distincts

tanné de vent et d'instinct,

un vaisseau voguant sur les océans

aux cheveux flottant dans le néant.

Nuage à face humaine,

déité vaporeuse de mers cristallines

au souffle d'embruns issus du large

liant l'écume des plaines à celle des forêts.

Je fus le coeur des hommes,

hissé proue du voilier,

vermoulu de vermines,

flagellé par les lames.

Je fus le granit du sommet

contemplant l'univers

et gardien de ses fers.

ô ma vie ! Tout ceci serait tien

si tu étais soupir !

JL

 

Fuir

Fuir, sur un esquif de rêves émeraude

Barbouillé des couleurs de l'espoir et des vents,

S'échapper, affolé, Atrocités qui rôdent

Et griffent dans la nuit la blancheur des aimants

 

Fuir, à jamais, Douleur de la vie morne

N'est pas lâcheté mais l'étoffe des grands

Dans les forêts, les déserts, au-delà de leurs bornes

Il faut les fuir, en somme, tous ces millions de gens

 

Longtemps j'ai douté, et je doute, encore !

Mais quand je passerai à travers le miroir

Je ne voudrais pas voir ce corps lourd que j'abhore

Avoir été le moule d'une âme dépotoir

Commentaires de l'auteur : Ce poème a été écrit à 20 ans, l'âge de toutes les questions. JL.

 

Hommes libres

Bien-être m’envahissant outrageusement

j’ai mis à mort la peur irrationnellement

les gargouilles en djellaba ne me hanteront plus

ni même la franchise des anormalités

ma porte reste ouvert à tous les exotismes

et je salue bien bas tous les esprits moqueurs

—  je tiens la barre au milieu des rapides —

Les hommes libres dénigrent la torpeur

serre-toi la main et conclus donc un pacte

de franchise, d’honneur et de témérité !

sois sûr de ton bon droit et marche d’un pas ferme

—  nul n’a besoin de justifier qu’il est—

Ton but depuis toujours est de faire l’Amour

avec lui, avec elle, toujours avec toi-même

esclave de rien, ni même de la Vie,

vénère la mort autant que la vieillesse

Respecte donc aussi ton magnifique corps

habitacle sacré de l’Hermite Gazeux

Cours avec foi vers l’Idéalisé/e

muscle tes bras et protège l’Aimé/e

distribue des poèmes et danse avec ivresse !

Accepte tes souffrances mais n’y cède jamais

Transforme tes erreurs en marches d’escalier !

M boire, manger, chier, dormir, jouir

et suis aveuglément les conseils de tes rêves

 

 - Ecoute donc battre le tambour de ton cœur -

JL

 

Hymne éthéré

Chants roulent en mort sûre,

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Bulles éclatent en voix pures,

La mosquée blanchie traîne,

La carcasse gothique va !

Au-delà de l'eau, crapahutant le rêve,

S'harnachant,

S'acharnant,

S'accrochant à ce treillis sonore,

Virevoltant en transe,

Mûe miraculeusement,

Prise mélodieusement

Par la musique sacrée de l'âme.

 

La loi

Chaque jour

à tous les points de vue

bigbang

 

je vais de mieux en mieux !

Dieu-le-Poulpe tricote son filet

je le vis

on le bâtit

il s’élabore :

le Chewing-gum Astral s’étire à l’infini

issu du Big-Bang, je renaîtrai en Dieu

je suis un minéral doté d’une conscience

co-naissance de perfectibilité

 

Je jouis dans la femme

aussi bien que dans l’homme

je suis féroce et doux

je suis chaque détour

je lis le manuscrit incrusté dans ma chair

et sa loi immuable : « Exterminons l’Infâme ! »

 

Sortant des profondeurs pour happer l’oxygène

je reviens me nicher dans mon antre indigo

 

Va, larme de sang, laver Hiroshima

hiroshima

 

ordalie démoniaque, fascination malsaine

vous êtes locataires de ma pauvre cervelle !

je traque la douleur comme un unique amour

je la dégusterai, la peindrai sur les murs

et me consumerai calmement dans l’air pur

 

Je me battrai donc seul !

Je me mettrai donc nu !

en face des regards qui avaient cru m’aimer

Janus, aux deux visages, en choisit un troisième

qui rêve, dévergondé, à l’authenticité !

tirons notre chapeau à ces filles de joie

à ces guerriers fantôches

à ces lâches d’esprit

qui soignent leur image comme d’autres leur plaie !

 

Epanoui du gland

sans doute Don juan

je suis le pilier droit qui soutient l’univers

en récitant mes chants pour prolonger l’orgasme

C’est elle, la muette, la douloureuse loi !

JL

 

Oreilles de Dieu

Vers les steppes mongoles

Se dresse un trône de papier

herbe grasse d'été parfumant un ciel bleu

insectes musiciens fredonnant en bouquets

le chant mélancolique de la Beauté du Monde

Au coeur de mes oreilles, entonnoirs fabuleux

claquent et virevoltent

morceaux de tissus bigarrés

soie, cachemire et satin

A la course furieuse du vent simple et pur

j'inspire

j'expire

psalmodiant les poèmes de ma Terre-Patrie

et tournant d'un revers de la main

moulins à prières et croix svastika

tous ces mots... tous cé-mo... tou-cé-mo...

s'envolent et de dissipent sur le tympan magique !

JL

 

Prière éjaculatoire

Je souffle un vent de tempête dessus la terre nue

Je tiens la volonté de puissance

Incarné dans un tronc d’homme

Cheveux bouclés, gueule hirsute

Je crée l’animal hors des rêves

Je crache la vague hors de l’eau

Je sue l’embrun hors du large

 

Je burine la pensée brute

Je la casse sous mes coups

Chaque purification m’élance

Métamorphose mon fort intérieur

Pour enlacer mon devenir…

 

L’œuvre prend forme

La forme prend l’œuvre

Et propulse aux confins silencieux

La pierre poreuse porteuse de vie

Le joyau noirâtre de ma putréfaction !

JL.

 

 

Si je poétise...

Si je poétise, c’est pour me surpasser

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et oublier un peu la cage de ma peau,

me recroqueviller dans la fleur d’absolu

et me disséminer à la rose des vents.

 

Si je chante la Muse, c’est pour me réjouir,

me souvenir un peu la fraternité,

l’épingler sur un mur pour en extraire l’or

et m’enivrer à souhait en respirant son rythme.

 

Si la lune m’inspire, c’est pour me révolter,

cogner contre les murs, creuser des souterrains,

faire passer la torche aux autres prisonniers

et trouver le chemin de la Révélation.

 

Si je plonge ma plume dans l’encrier du soir,

c’est pour me consoler, pour savoir que j’existe

sur un petit caillou noyé dans le néant,

sur un îlot de temps entouré par la mort.

JL

 

 

 

Trapèze

De courants de colère

et des vapeurs de joie

des nuages de haine

des effluves d’amour

électrisant pantins, acteurs, formes humaines

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dissolvant leurs corps nus

en une pluie de gestes…

atmosphère légère de bain d’éternité –

 

Un vase s’est brisé

en rires cristallins

les bannières se fouettent

sur des mâts grelottant

une musique flotte

mes pensées vagabondent

sous une pluie de mots

que boiront des fourmis

rangées en bataillons !

–atmosphère légère de bain d’éternité –

 

Poissons-boxeurs dans l’aquarium

glissant sous de sombres fougères

s’enroulent sur des volutes d’eau

 

Tout en haut se trouve le trapèze

bien haut sous le grand chapiteau !

je m’y balance, tête en bas…

je m’y balance, tête en haut…

je me ris de ce vide aérien !

Aussi léger qu’une plume

le monde n’est pas plus lourd qu’un gramme.

–atmosphère légère de bain d’éternité –

JL

 

 

Vivre en beauté (précepte navajo)

Pour la cause je suerai les poisons

du marathon manhattanien des foules

Je suivrai les poutrelles au rythme des Mohawks

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baragouinant du russe et dégustant du sok

 

Je caresse la vie au son de tes poèmes

et me laisse bercer en rêvant de bohême

Me blottir dans tes feuilles et sentir ton ivresse

m'irradient de bonheur comme une étrange messe

Cérémonie sacrée ou chaleur paternelle,

je veux goûter le fruit de ta filialité :

Nomade messager de mes moments maussades

et de ta fougue hilare envers les autres dieux

 

Ma foi demeure un Graal d'espoir sans aucune fissure

et je t'offre un amour qui n'aura pas d'usure

Je mue tel un serpent qui perdrait ses écailles

pour endosser le rôle et pour l'interpréter

Pour emprunter la voie de l'excentricité

et farfouiller le monde du grenier à la cave

Pour errer dans les steppes de la pensée sauvage

car la quête du vrai doit se vivre en beauté

JL : poème dédié à Walt Whitman

 

 

Voix

Sur la colline de mes espérances

au fronton du temple de mes enfants

à jamais est écrite cette parole d'or :

" Tu dois"

Là se niche la Vérité

là s'épanouit la liberté

là s'exauce la parole de Dieu

L'oreille se tend vers la Voix

tel un chien traquant le gibier

au fil de l'odeur, le long du chemin

jusqu'à la porte entrebaillée

et finit par la débusquer

et ne jamais plus la lâcher

pour n'être plus qu'un avec Elle

errant, heureux, en son pays

JL