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Un second ouvrage sans doute intitulé "Voleur de signes" est en train d'émerger lentement... Tous les commentaires seront les bienvenus !

 

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Qui sont ces deux personnages ? Que tiennent-ils dans leurs mains ? Serait-ce le fruit défendu ? Qui est le voleur et où sont les signes révélateurs de son destin ?

Doué d'une mémoire phénoménale, Lucien Bazir n'a de cesse de fouiller dans ses souvenirs pour trouver les signes qui annonceraient son destin.  Nous sommes dans les années 1990 : tandis que la France glisse lentement vers le gouffre d'une libanisation, Lucien Bazir, lui, s'efforce d'échapper à ses conflits intérieurs et de trouver la paix en lui-même en partant d'abord en Russie, puis en Chine.

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Voleur de signes

 

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Walt Whitman :

J’ouvre l’herbier et j’y colle mon nez : odeur douce accompagnée de notes de vanille et d’amande. Avec des vers indomptés, libres de toute contrainte, Walt Whitman se proposait de guérir les esprits de son temps et — peut-être naïvement — de prévenir la guerre civile qui s’annonçait. Bien sûr, la guerre civile eut lieu, première guerre moderne qui annonçait les effroyables massacres qui se dérouleraient en Europe quelques décennies plus tard. Aux côtés des docteurs qui offrent des rasades de whiskey à ceux dont ils s’apprêtent à scier les membres déchirés et menacés de gangrène, l’oncle Walt soigne le Confédéré, bande la plaie du Yankee, accueille chez lui l’esclave noir en fuite. Parmi les canons, les mitrailleuses, les mines, les torpilles, quoi de plus redoutable que ce poète hirsute beuglant la joie d’être vivant ?

Sous l’intitulé « Walt Whitman – Feuilles d’herbe » apparaît le daguerréotype du poète américain. A l’époque, où que j’aille, je prends toujours avec moi ce recueil de poésies comme s’il s’agissait d’un talisman. La figure tutélaire qui se présente cheveux mi-longs, barbe en broussaille, chemise blanche au col largement ouvert, a la posture crâne des flibustiers. Son regard hautain semble contempler l’horizon comme le ferait un aigle perché sur quelque promontoire rocheux, prêt à prendre son envol au-dessus d’un pays sauvage sans murailles ni frontières. Mais alors que mon regard à moi se perd volontiers dans les boucles de ses cheveux grisonnants, dans les mille entrelacs de sa barbe luxuriante, sur ses sentiers sonores et gutturaux d’où émanent, mêlées, de puissantes odeurs de terre et d’éther, je me sens étrangement retrouvé. Par-delà le temps et les distances, le chantre de la santé, de la beauté, de la potentialité humaine me tend la main. Je la lui donne. Son regard devient alors mien et je vois enfin la vie comme elle devrait être vue : indivisible.

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