inspirer  expirer  inspirer  expirer

regarder ses doigts qui s’inclinent  lents

et saluent

se courbant humblement jusqu’à la paume280px_SantaCruz_CuevaManos_P2210651b

les serrer  les sceller

et dresser le poing

c’est tout ce que nous aurons

c’est tout ce que nous aurons jamais

 

 

se laisser prendre par la faim

se faire tenir par la soif

pour enfin partager le plaisir passager

de se sentir rassasié

entre corps de chair palpitante

entre êtres de sang battant aux tempes

et qui nous sont chers

et qui nous sont tendres

c’est tout ce que nous aurons

c’est tout ce que nous aurons jamais

 

se laisser gagner par la peine

se faire mouiller par la pluie

pour enfin s’entourer du châle des réconforts2

et s’emmitoufler dans les mailles

imprégnées de l’odeur maternelle

s’étendre  confiant

sur un coin d’herbe égayée de soleil capricieux

et s’imaginer sauvé

et se croire heureux

c’est tout ce que nous aurons

c’est tout ce que nous aurons jamais

 

se laisser prendre au jeu

et tenir en haleine

pour divertir l’esprit des mots réfléchissants

et attendre  l’âme engourdie

jusqu’au prochain sursis

et fredonner  l’air de rien

l’air entêtant des souvenirs futiles

 

une fois

rien qu’une fois

re-garder sa vie dans le creux de sa main

et reposer le poing

un point

un point sur le cercle de l’existence

c’est tout ce que nous aurons

c’est tout ce que nous aurons jamais

---Photos : La cueva de los manos en Argentine---